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Vivre une mort symbolique



J'ai vu la brèche, j'ai senti l'appel et j'ai plongé. Je me suis laissée aller dans ces abysses que je connais si bien. Je me suis laissée glisser, remontant parfois à la surface pour prendre un peu d'air. Le plus souvent tapie dans l'ombre, j'observe le faisceau lumineux qui traverse l'environnement dans lequel j'ai pris place. J'aime être dans cet espace, j'y vais souvent mais cette fois, la saveur est différente, l'immersion est bien plus longue, la profondeur inconnue… alors j'explore. Je reconnais que la remontée est plus difficile, la distance à parcourir est plus grande mais j'ai du souffle j'y vais. Néanmoins les va-et-vient sont fatigants alors je décide de m'étendre et de me laisser mourir.


Photo montage style fond marin. Le fond est de différentes nuances de bleu allant presque jusqu'au noir.  le fond laisse penser à des roches sous-marines. En bas à gauche, trois ronds roses dont un tout petit à peine visible forment comme des bulles. En filigrane, des papillons blancs s'envolent sur toute la partie droite de la photo. Au centre, une forme blanche laisse sortir une des faisceaux de lumière blanche puissante, ils se dirigent en bas à gauche vers les bulles et en haut à droite de façon plus diffuse. Cette forme éclaire les roches, elles ont une teinte pastel dans les jaune oranger
Vivre une mort symbolique

La mort symbolique


Les morts symboliques sont prégnantes. Elles s'imposent à nous, elles rythment notre vie. Certaines sont universelles, elles font partie intégrante de l'évolution dans la construction psychique et physique de l'être humain. Ces passages se font bien souvent sans même que nous en ayons conscience. Ils sont naturels et communs à tous sur le fond, dans la forme, ils sont néanmoins propres à chacun. D'autres viennent ponctuer le chemin parcouru à l'image de ces carrefours indiquant de nouvelles directions possibles. Ces étapes-là nous demandent de faire des choix, nous poussent à prendre des décisions et nous amènent à des changements conscients.


Cette nouvelle mort symbolique est toute particulière car elle vient s'immiscer dans mon processus de deuil réel engagé depuis les décès successifs de mon père et de mon oncle. Les choses se mêlent, s'entremêlent... se superposent et s'amplifient : les résonances sur certaines situations, sur les ressentis présents, sur les questionnements plus ou moins pertinents. Ce n'est pas facile ni évident d'ailleurs. Batailler contre la réalité non plus !


La réalité c'est qu'il faut du temps


La réalité c'est qu'il faut du temps. Il faut se laisser le temps et s'accueillir dans ce besoin. Pas simple pour moi qui suis toujours partante, prête à foncer même à foncer pour faire machine arrière. Et prendre du temps sans s'arrêter cela signifie ralentir, aller à un autre rythme. C'est ce que m'invite à faire cette nouvelle expérience dans mon corps. Elle m'invite aussi à la douceur et surtout à exploiter mes ressources autrement. « Je fais avec... » cela ne veut pas dire que je suis résignée ou que je subis, cela signifie que j'exploite encore plus mon adaptabilité.



Montage photo de l'art de la chamanka. Ensemble d'horloge à aiguilles, ronde et fond blanc, chiffres romains. Elles ont des tailles différentes. Elles sont sur un fond marron foncé, terre d'ombre. Le fond est déformé comme une vague. Le centre de la photo est précis, le reste est flou, on devine le dessin répété, par dessus des écritures illisibles, comme une écriture magique avec des volutes dorées.
La réalité c'est qu'il faut du temps


Je pense aussi que cette expérience de mort symbolique est intensifiée par la formation de Thanadoula que je suis auprès de l'école Cybèle au Canada.


Jusqu'à présent, c'est comme si j'avais vécu mes morts symboliques comme une proche accompagnante, je m'accompagnais moi-même dans le deuil vécu après ma mort. Cette fois-ci je vis le processus de l'intérieur comme la mourante vivant son propre deuil avant sa mort.

C'est très différent et perturbant parfois je l'avoue. Et comme je ne sais pas faire autrement que de plonger pleinement dans l'expérimentation, j'ai vécu des étapes surprenantes. Celle d'avoir besoin de passer du temps avec les personnes importantes de ma vie, quelques heures avec chacune, juste comme ça ou encore de prévoir un séjour… mais aussi physiquement dans mon corps, celle de la perte de ce qui me définissait, des ressources chères à ma réalisation qui ne sont plus dans leur plein potentiel… vivre le deuil de ce qui a été et qui n'est plus ou qui n'est plus « comme avant ». Se sentir amoindrie, limitée sans savoir pour combien de temps et ainsi sortir de l'illusion du contrôle du temps ; psychologiquement, celle de l'attente de résultats qui ne viennent pas, d'explications contradictoires ou non assurées, assumées même, des résultats interprétés, justifiés, attendus pour pouvoir se projeter…


Bien sûr tout cela est transitoire, pourtant cela m'emmène loin, loin des autres, quelquefois loin de moi. Tout cela vient me questionner, remettre en question et réorganiser mes priorités. Des fois même, plus rien n'a d'importance que d'être là où je suis.

Je sens le chamboulement en moi, je ne sais pas encore ce qui sera irrémédiablement chamboulé. Je me laisse le temps, pas d'urgence pour le moment.


Je meurs une nouvelle fois à moi-même, la transformation est en cours. La réalité c'est qu'il faut du temps et surtout qu'il faut se l'accorder ce temps-là. Le « savoir mourir » est un processus naturel et pour l'accompagner au mieux, il faut s'offrir sécurité et intimité, c'est ce que je fais.



Sur une terre marron parsemée de brindilles sèche, un papillon est posé. Ses ailes sont relevées et d'un orange écarlate, une multitude de petits points bruns finissent la décoration. En premier plan une ligne de pommes de pin, près du papillon un bâton terre de sienne et ocre rouge, également des coques séchées de bignone, des  rondelles de bois clair et de la mousse également sèche vert d'eau.
Or-photographie


Dans les profondeurs de ces abysses, je ne perds pas de vue la surface où je viens de temps à autre respirer, bercée par les rires, les envies et votre présence.




Logo de l'art de la Chamanka : une spirale dessinée en noir sur fond blanc. Elle se déroule vers la droite, en bas au centre, elle est coupée par un trait vertical petit, lui-même coupé à l'horizontal à son milieu par un trait courbe, semblable à la courbe de la spirale, en bas, détaché un point. A gauche, la spirale s'arrête et laisse place à un point, un peu plus loin un autre point suivi par une larme dans la courbe de la spirale.

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Je lis à peine cet article, ouvert sur mon ordi depuis un mois...

Aucun hasard à ce qu'il se présente à mes yeux et mon cœur précisément maintenant.

Un gros écho à mon âme, une résonance forte (comme bien souvent je dois dire), pour lesquels je te remercie du fond du cœur.

Reçois tout mon amour.

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