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Thana, Mort et renouveau


Crédit photo. Or-photographie


Il y a eu le dernier Atelier Thana et ce mois de décembre qui approche. Et je me suis dit « tiens, pourquoi ne pas parler de la mort ». Oui, je sais la mort est un sujet qui bien souvent dérange, parfois il fascine. Ce qui est sûr c'est qu'il interpelle et ne laisse pas indifférent.



"Au fait, si je meurs..."

Personnellement, je n'ai pas de souci à en parler. A tel point, que parfois, je l'avoue, j'en oublie que ce n'est pas le cas pour l'autre. Cela me rappelle ce moment où juste avant de partir en Guadeloupe, j'ai dit à table à mes enfants et mon mari « Au fait, si je meurs lors de cette aventure, je veux que vous sachiez que tout est ok pour moi, je vous aime..... » et patati et patata... Ils m'ont regardée avec de grands yeux comme s'ils prenaient conscience que cela pouvait arriver. Mesurant alors l'impact que pouvaient avoir mes mots, j'ai pris le temps après le repas d'en discuter avec chacun d'eux.



Le mois de décembre

Pourquoi ai-je mentionné le dernier mois de l'année ? Le mois de décembre représente la fin d'un cycle, il annonce aussi le renouveau, la renaissance. Ce renouveau est la continuité de ce qui a été engagé. Décembre est, pour moi, le gardien de la porte s'ouvrant vers cet espace de certitude, laquelle... celle que le soleil vient reprendre pleinement sa place. Bien sûr le passage peut encore être rude mais il est chargé d'espoir, laissant entrevoir lumière et chaleur. Décembre nous accompagne ainsi à raviver ces braises que nous portons et qui pas à pas redeviennent flammes dansantes et chantantes. Mon expérience m'amène depuis quelques années à laisser mes braises éclairer ce qui doit encore l'être, et oui parfois ça brûle quand même un peu c'est pourquoi je reste attentive à tout ce qui se passe en moi et autour de moi. C'est souvent une période de secousses et je vis cela comme si je sortais à nouveau de terre, d'une nouvelle couche de terre, prête à pousser encore et mourir pour reprendre place dans cette terre chère à mon cœur et commencer un nouveau cycle... encore et encore.



Dans la nuit noire, une grand feu danse, devant en ombre le dos d'un tambour chamanique
Feu


L'atelier Thana, proposé mensuellement me conforte à chaque fois un peu plus dans le fait qu'il est indispensable d'évoquer ce sujet. Cet atelier est un espace ouvert à tous, un espace rare apparemment, celui où nous pouvons poser des mots sur notre lien ou ce que nous pensons être notre non-lien à la mort. Des mots qui résonnent en chacun, des mots qui ouvrent à de nouvelles perspectives, des mots qui répondent à certaines questions. Ce cercle accueille sans différenciation les témoignages et les interrogations concernant aussi bien la mort physique que les morts symboliques.


Pourquoi est-il important d'en parler ?

Certainement pour sortir du tabou. Le tabou induit et nourrit la peur, il laisse place à l'imagination fertile face à l'inconnu. Il peut aussi venir nous parler de pudeur mais dans les deux cas, il laisse la sensation d'un espace de vide.


Je l'ai mentionné dans l'article de blog l'Art de la Chamanka, Rencontre avec le Visible, j'accompagne le chemin de fin de vie du mourant et celui des personnes présentes et impactées par ce processus. Par conséquent je sais que la réaction de chacun face à la mort lui est propre. Et c'est à respecter. Il ne s'agit pas là de se dire « je comprends la mort, j'ai aucun souci avec la mort donc je ne souffrirai pas ». Loin de là. Je poserais ici que la souffrance n'est pas la mort. Certes, elles sont étroitement liées : la souffrance peut amener à la mort réelle ou symbolique, la mort peut engendrer de la souffrance physique ou psychologique. De nombreux paramètres façonnent le rapport à cette dernière : l'expérience de vie, l'éducation, la culture, les croyances, les différents passages de sa propre construction – morts symboliques.



 


Je continuerai ici en vous faisant part de plusieurs réflexions qui m'accompagnent à ce sujet, elles restent mouvantes et s'enrichissent de chaque expérience de vie qui se présente.


Bien souvent dans ce rapport à la mort, nous oublions que nous sommes vivants. Et nous naviguons sur cette mer obscure comme des morts-vivants ou des survivants.


La mort souvent identifiée à la peur de l'inconnu


Je m'interpellais sur la peur de la mort souvent identifiée à la peur de l'inconnu. L'inconnu n'est pas la mort. En effet, mourir est la seule certitude que nous ayons, même naître n'en est pas une.

Et donc, je pose cette question :

Qui est garant de cette mort certaine.... ? La vie

En donnant la vie nous ouvrons à l'autre ce chemin initiatique qu'elle nous offre d'expérimenter. Chacun l'emprunte et le vit à sa mesure, y donne le sens qu'il souhaite ou peut. Sa trame est rythmée par des étapes de vie, processus identique pour tous : naissance, enfance, adolescence […], mort, ultime étape de cette vie incarnée. Le facteur changeant et personnel est le contenu des intervalles entre ces étapes. Ces dernières peuvent être associées à des rituels de passage. Ils ont disparu de notre société, petit à petit ils ont été gommés. Ils ponctuaient des étapes importantes de notre construction. Ils marquaient les points fondamentaux appelant à faire en conscience des deuils dits symboliques amenant au détachement et à l'autonomie. Certaines cérémonies les font perdurer même si parfois elles ont perdu de leur essence. Avec Emmanuelle, nous souhaitons par l'intermédiaire des cérémonies des Louves ramener cette essence et célébrer l'être qui part et non pas la souffrance de la perte.




Au sol de l'herbe et des feuilles mortes. Un avant bras et une main, la personne dépose des éléments de la nature, ici des morceaux d'écorce pour créer un mandala.
Rituel - La Nature, notre essence


Dans les accompagnements que je fais comme dans les ateliers que j'anime, je constate que le deuil à faire lors d'une mort physique est porteur d'un assemblage de deuils symboliques non faits car souvent inconnus ou ignorés entraînant avec eux d'innombrables enjeux. L'annonce de la mort effective ou à venir se vit alors comme une explosion de tous ces deuils non faits. Et à cette échéance, il devient urgent voire inévitable de les régler.


la mort n'est pas l'inconnu

J'aimerais maintenant revenir sur la notion d'inconnu. Si je reprends ma réflexion, la mort n'est pas l'inconnu. C'est « l'après » mort qui l'est. Là encore, la mort n'est pas « l'après » mort. Et une fois mort, je doute que notre conscience reste la même et que la peur persiste. En même temps, tant que nous y réfléchissons, c'est que nous sommes vivants.


Je pourrais parler indéfiniment de ce sujet et probablement que j'y reviendrais.


J'aimerais terminer cet article de blog ainsi... oui, la mort semble nous surprendre même quand on sait qu'elle est proche. Elle pose une séparation de corps qui vient bouleverser notre quotidien, nos habitudes, bien souvent nos repères. Elle invite ainsi à une tristesse légitime. Elle reste une étape souvent complexe... pour ceux qui restent.


libre de vivre pleinement

Je rêve que nous puissions donner sa juste place et vivre à sa juste mesure chaque deuil symbolique à faire pour chaque étape de vie. C'est la voie de la liberté et de l'autonomie... nous comprenons mieux pourquoi ils ont disparu dans notre société... Et si nous sortions du tabou, nous nous offririons d'ouvrir notre esprit, notre corps et notre cœur à d'autres perceptions vis à vis d'eux et nous nous offririons d'être libres, libres de vivre pleinement.


Je remarque que je pourrais ajouter ceci ou cela et encore, et encore...


Un papillon orange, tacheté de marron est posé sur une brindille sur la terre.
L'envol, la transformation


Et je rigole en lisant cette phrase car j'ai encore quelque chose à vous partager, ma vision personnelle de la mort. Les états modifiés de conscience font partie intégrante de ma vie et de mon accompagnement... pour moi, la mort est un état modifié de conscience ultime. Pourquoi ultime ? Eh bien parce que lors de l'escale de ce dernier voyage de cette vie incarnée, nous ne réintégrons pas ce corps... si souvent réintégrer lors des précédents voyages.


Allez cette fois, je vous dis à bientôt au détour de quelques mots...




Sur le sol de terre, d'herbe et de brindille, une ligne de galets blancs forment un chemin de vie
Chemin de vie, Or-photographie


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